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Poème soldat,

Poème soldat,
Son piano pleurait des larmes d'ivoir, Il était là, sûblime dans son manteau d'hiver et l'air s'était rarifié. La terre était nue, ses artifices l'avaient quittée. Il pleuvait des fragments de nuage, mes chaussons de verre semblaient cloués au sol. Il était là, seul, accompagné de son piano d'ébène. Ses longs doigts pâles caressaient les lâmes de porcelaine et la mélodie neigeuse caressait mes joues pourpres. Ses boucles brunes jouaient avec le vent et son dos bien droit faisait rempart au vent colérique qui nous menaçait. Assise à côtés, je sentais ses coudes contre mes hanches. Le piano blanchissait au fil du temps, les secondes et les heures s'égrenaient au tempo. Mon coeur vibrait au son des graves et mes larmes s'étiraient. Mes yeux aveugles aurait donné leurs couleurs pour le revoir jouer une dernière fois. Le corbeau de son costume avait depuis une éternité disparut, remplacé par un blanc immaculé. Je l'entendais parfois murmurer une prière qui se terminait toujours de la même façon, par un prénom. Et à chaque fois, mes joues se creusaient de larmes imaginaires. Le ciel m'avait privé de lui, privé de tous mes sens.

Depuis combien de temps jouait -il ? "Une éternité", répondis-je pour la millième fois, dans un murmure. Et à chaque fois, ses gestes se suspendirent, ses doigts quittaient leur gant de velour et il chuchotait, "Depuis que je t'ai perdue ..."

# Posté le mardi 23 décembre 2008 16:22

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